Équipement cuisine · Ustensiles

Ustensiles anglais

les objets qui font la cuisine britannique

Moule à Yorkshire pudding, bassin à pudding, cheminée de tourte : ces objets répondent chacun à un problème de cuisson précis. Voici lequel, et par quoi les remplacer.

Étagères garnies de vaisselle émaillée, de théières et de boîtes à pain et à farine anciennes.
Réponse rapide

Les ustensiles réellement propres à la cuisine anglaise se comptent sur les doigts d’une main, et chacun répond à un problème de cuisson précis. Le plat à rôtir profond et le moule à Yorkshire pudding servent la graisse du rôti du dimanche ; le bassin à pudding permet une cuisson vapeur de plusieurs heures ; la cheminée de tourte évacue la vapeur et soutient la pâte. La plupart se remplacent par ce que vous avez déjà, à condition de comprendre ce qu’ils font.

  • Trois habitudes, un matériel : le rôti du dimanche, les puddings et le thé ont façonné l’essentiel des pièces britanniques.
  • Le moule à Yorkshire pudding : des empreintes hautes en métal, chauffées à vide avec leur graisse avant que la pâte n’arrive.
  • Le bassin à pudding : un bol épais fermé au papier plissé et à la ficelle, pour des heures de vapeur.
  • La cheminée de tourte : elle évacue la vapeur et empêche la pâte du dessus de s’affaisser.
  • Presque tout se contourne : seuls le plat à rôtir profond et le pichet séparateur méritent un vrai achat.

Ce qu’on appelle un ustensile anglais

La question se pose de deux façons. Certains cherchent comment se disent fourchette, fouet ou poêle de l’autre côté de la Manche. D’autres, souvent après avoir ouvert un livre de recettes britannique, butent sur des objets qu’ils n’ont jamais eus dans un tiroir : un moule à empreintes très profondes, un bol en grès dont personne ne comprend l’usage, une petite cheminée en céramique posée au milieu d’une tourte.

C’est de ces objets-là qu’il s’agit ici. Leurs noms anglais apparaissent au fil du texte, simplement parce que ce sont les noms des objets, mais le sujet reste le matériel et non la langue. Si vous cherchez la traduction de tout un tiroir, c’est une autre page qu’il vous faut.

Ces pièces n’ont rien d’exotique une fois qu’on sait d’où elles viennent. Une cuisine anglaise a fabriqué son matériel autour de trois habitudes tenaces : le rôti du dimanche, les puddings et le thé. Chacune répond à un problème de cuisson précis, et c’est en connaissant ce problème qu’on retient l’objet.

Le matériel du rôti du dimanche

Tout part d’un plat à rôtir, plus profond et plus lourd que ce qu’on utilise couramment en France. La profondeur a une raison : elle retient la graisse et les sucs que la viande rend pendant la cuisson, et cette graisse n’est jamais jetée. Elle sert de matière première à la suite du repas.

De là vient le moule à Yorkshire pudding, une plaque de métal à empreintes rondes et hautes, souvent en acier. Historiquement, la pâte se versait directement dans le plat placé sous le rôti, où elle cuisait dans le gras de bœuf brûlant qui venait d’y tomber. La plaque à empreintes reprend ce principe en le divisant : un fond de matière grasse dans chaque alvéole, chauffé jusqu’à fumer légèrement, puis la pâte versée dessus. Le choc thermique fait gonfler la pâte et creuse le puits caractéristique. Un moule en silicone ne donne pas ce résultat : il ne monte pas assez haut en température et la paroi reste molle.

Le reste du service suit la même logique. La saucière anglaise, souvent en porcelaine blanche et de forme allongée, accompagne la sauce faite avec les sucs du plat. À côté d’elle, on trouve parfois un pichet séparateur de graisse : son bec part du bas du récipient, ce qui permet de verser le jus tout en laissant la graisse remontée en surface. Un objet simple, précis, et qu’on croise rarement dans les cuisines françaises. Le service à découper, enfin, avec sa longue lame et sa fourchette à deux dents, appartient au même rituel du plat porté entier sur la table.

Puddings et tourtes

le matériel qui n’existe qu’ici

Le bassin à pudding est le plus déroutant de tous. C’est un bol épais, en grès ou en céramique, aux bords légèrement évasés et à la base étroite, prévu pour une cuisson à la vapeur qui dure des heures. La fermeture demande plusieurs gestes, et c’est là que tout se joue.

  1. Tasser la préparation

    Le bol est beurré, garni, et la préparation tassée sans remplir jusqu’au bord : elle va gonfler pendant la cuisson.

  2. Poser un papier plissé

    Un rond de papier cuisson est replié d’un pli au centre avant d’être posé sur le bol. Ce pli n’a rien de décoratif : il laisse la préparation monter sans faire sauter la fermeture.

  3. Doubler d’une feuille d’aluminium

    Elle se plisse de la même façon et protège le papier de l’humidité pendant les longues heures de vapeur.

  4. Ficeler sous le rebord

    La ficelle passe sous le bourrelet du bol et serre l’ensemble. Une anse de ficelle en travers du couvercle permet de ressortir le bol brûlant sans se brûler.

  5. Cuire à l’eau frémissante, à couvert

    Le bol repose dans une casserole d’eau qui frémit sans bouillir, à mi-hauteur, casserole couverte. On surveille le niveau d’eau et on complète à l’eau chaude.

Le résultat démoulé garde la forme du bol : un dôme lisse et dense, qui n’a rien de commun avec un gâteau cuit au four.

La tourte, elle, a son matériel propre. Le plat à tourte a des bords hauts et droits, pensés pour une pâte du dessous et une pâte du dessus. Et au centre, cette petite cheminée en céramique dont on se demande à quoi elle sert : elle évacue la vapeur de la garniture pour l’empêcher de faire déborder le jus, et elle soutient la pâte du dessus qui, sans elle, s’affaisse au milieu en refroidissant. Deux fonctions dans un objet de quelques centimètres.

Une origine à ne pas confondre

Les cheminées de tourte britanniques sont des cylindres de céramique utilitaires, sans fantaisie, employés dès le début du XIXe siècle. La version en forme d’oiseau, celle qu’on voit partout en photo et qui se collectionne aujourd’hui, est apparue bien plus tard, outre-Atlantique. L’objet est anglais, la petite bête ne l’est pas.

Le rituel du thé et son petit matériel

Le thé a produit une famille d’objets qui obéissent tous à la même préoccupation : maintenir une température ou, au contraire, l’empêcher.

Garder chaud

La théière et son couvre-théière

Le couvre-théière matelassé, posé sur la théière dès le service, tient l’eau assez chaude pour une deuxième tasse. C’est un textile de cuisine à part entière, souvent cousu et reprisé pendant des années.

Retenir

La passoire à thé

Posée sur la tasse au moment de verser, elle suppose des feuilles en vrac plutôt qu’un sachet. Sa présence dit assez bien la manière dont le thé se prépare, en théière et pour plusieurs.

Laisser sécher

Le porte-toasts

Ces chevalets de métal tiennent les tranches debout et séparées pour que la vapeur s’échappe. Un toast empilé à plat transpire et devient mou ; tenu debout, il sèche et reste cassant.

Le porte-toasts est celui qui surprend le plus un lecteur français, parce qu’il inverse notre réflexe. La logique britannique préfère un toast tiède et croustillant à un toast chaud et détrempé — ce qui explique aussi pourquoi le beurre arrive à part, sur la table, plutôt que fondu à la cuisine.

La bouilloire, enfin, occupe une place qu’elle n’a jamais eue chez nous. Elle est allumée plusieurs fois par jour, posée à côté d’une boîte à thé et de tasses qui restent sorties, et c’est autour d’elle que s’organise le plan de travail plutôt que l’inverse.

L’Aga, la cuisinière à accumulation

Impossible de parler du matériel anglais sans s’arrêter sur cette cuisinière massive, en fonte émaillée, qu’on trouve dans une partie des maisons britanniques. Le principe diffère radicalement d’une cuisinière ordinaire : un cœur de fonte lourde, entouré d’isolant, est maintenu en chauffe en permanence ; il emmagasine la chaleur et la restitue lentement dans les fours et les plaques.

La conséquence pratique déroute quand on la découvre : il n’y a rien à régler. Les fours ont chacun leur température fixe — un four très chaud pour rôtir, un plus doux pour cuire, un tiède pour mijoter longuement, un dernier pour garder au chaud. On ne monte pas le thermostat, on déplace le plat vers le four qui correspond. Il n’y a pas non plus de préchauffage à attendre, puisque l’appareil n’est jamais éteint.

Cette chaleur permanente change la conduite d’une cuisson : on ne rattrape pas un four trop froid, on anticipe en plaçant le plat plus haut ou plus bas dans la maison de fonte. Elle a aussi ses contraintes — encombrement, poids, et un appareil qui chauffe en continu, donc une dépense qui se raisonne sur la saison plutôt que sur le repas.

Cuisiner anglais sans racheter tout un tiroir

La bonne nouvelle, c’est qu’une grande partie de ce matériel se contourne, à condition de reproduire la fonction plutôt que la forme.

L’objetCe qu’il faitCe qui le remplace
Moule à Yorkshire puddingDes empreintes hautes en métal, chauffées à vide avec leur graisseUn moule à muffins métallique, jamais en silicone
Bassin à puddingUne cuisson vapeur longue dans un contenant ferméUn bol résistant à la chaleur, fermé au papier plissé et ficelé
Cheminée de tourteÉvacue la vapeur et soutient la pâte du dessusUn cylindre de papier cuisson roulé, ou deux entailles au couteau
Couvre-théièreMaintient la théière chaude après le serviceUn torchon épais plié, moins efficace mais suffisant
Plat à rôtir profondRecueille la graisse et les sucs d’une grosse pièceRien de convaincant : un plat à gratin déborde ou brûle

Deux pièces méritent donc un vrai achat si vous cuisinez souvent britannique. Le plat à rôtir profond, pour la raison qui figure dans la dernière ligne du tableau. Et le pichet séparateur, dont il n’existe pas d’équivalent bricolé convaincant, et qui change la texture de toutes les sauces faites à partir d’un jus de cuisson.

Le reste tient à l’usage. Un objet acheté pour une recette faite une fois par an finit dans le fond d’un placard ; un objet utilisé chaque dimanche se patine, prend une couleur et un poids familiers, et se transmet. C’est peut-être ce qui explique le mieux la longévité de ce matériel : il a été dessiné pour des repas qui reviennent.

Quels ustensiles sont vraiment spécifiques à la cuisine anglaise ?

Le plat à rôtir profond, le moule à Yorkshire pudding à empreintes hautes, le bassin à pudding pour la cuisson vapeur, le plat à tourte à bords droits avec sa cheminée en céramique, et le petit matériel du thé — théière, couvre-théière, passoire, porte-toasts. Le reste du tiroir ressemble beaucoup au nôtre.

À quoi sert la petite cheminée en céramique au milieu d’une tourte ?

À deux choses. Elle laisse la vapeur de la garniture s’échapper, ce qui évite que le jus fasse déborder la tourte, et elle soutient la pâte du dessus pour qu’elle ne s’affaisse pas au centre en refroidissant. Un cylindre de papier cuisson roulé rend un service comparable.

Peut-on faire un Yorkshire pudding sans le moule dédié ?

Oui, avec un moule à muffins en métal. La condition est la même que pour le moule d’origine : chauffer les empreintes à vide avec un fond de graisse jusqu’à ce qu’elle fume légèrement, puis verser la pâte dessus. Le silicone ne fonctionne pas, il ne monte pas assez en température.

Comment cuire un pudding à la vapeur sans bassin à pudding ?

Un bol résistant à la chaleur suffit. Fermez-le avec un rond de papier cuisson replié d’un pli au centre, ajoutez une feuille d’aluminium, ficelez sous le rebord, puis posez le bol dans une casserole d’eau frémissante et couvrez. Le pli laisse la préparation gonfler sans faire sauter la fermeture.

Qu’est-ce qu’un Aga et pourquoi reste-t-il allumé ?

C’est une cuisinière à accumulation : un cœur de fonte isolé, maintenu en chauffe, qui restitue lentement sa chaleur dans des fours à températures fixes. On ne règle pas un thermostat, on déplace le plat vers le four qui convient. Comme rien ne s’éteint, il n’y a pas de préchauffage à attendre.

Faut-il acheter du matériel anglais pour suivre une recette britannique ?

Rarement. Deux pièces valent tout de même l’achat si vous cuisinez souvent britannique : un plat à rôtir profond, parce qu’un plat à gratin retient mal la graisse d’un gros rôti, et un pichet séparateur de graisse, qui n’a pas d’équivalent bricolé satisfaisant.

Ces objets ne racontent pas une cuisine compliquée, mais une cuisine régulière : des rôtis qui reviennent chaque semaine, des puddings qui cuisent pendant qu’on fait autre chose, un thé qu’on prépare pour plusieurs. Le matériel a suivi les habitudes, jamais l’inverse — et c’est aussi pour cela qu’on peut en emprunter les gestes sans en acheter les pièces.