Café Belloy
l’adresse du 16e et la cafetière qui porte ce nom
Une adresse de l’avenue Kléber, une rue voisine, un cardinal presque centenaire et une cafetière qui a changé la méthode. Tout cela porte le même nom.
Le Café Belloy est un café-brasserie de l’avenue Kléber, dans le 16e arrondissement de Paris, entre l’Étoile et le Trocadéro. Son nom vient de la rue de Belloy toute proche, ouverte en 1868 et nommée d’après Jean-Baptiste de Belloy, archevêque de Paris mort en 1808. Or ce même nom désigne aussi une cafetière : la dubelloire, qui vers 1800 fait passer le café de l’infusion à la percolation.
- Où : avenue Kléber, 16e arrondissement, entre la place de l’Étoile et le Trocadéro.
- Le nom vient de la rue : la rue de Belloy, ouverte par décret du 10 août 1868 sur les anciens réservoirs de Chaillot.
- Et la rue vient d’un cardinal : Jean-Baptiste de Belloy, 1709-1808, archevêque de Paris à partir de 1802.
- Une cafetière porte ce nom : la dubelloire, ancêtre de la cafetière napolitaine, qui introduit la percolation.
- Une paternité contestée : l’invention est attribuée au chimiste Descroizilles, pas au cardinal.
Le Café Belloy, avenue Kléber
L’adresse se trouve avenue Kléber, dans le 16e arrondissement, à quelques minutes de l’Étoile d’un côté et du Trocadéro de l’autre. Salle à l’intérieur, tables sur le trottoir : le registre est celui du café-brasserie parisien de quartier, avec une cuisine française classique — entrées de bistrot, viandes, plat du jour.
Ce genre d’endroit se juge moins à sa carte qu’à sa fonction. On y prend un café debout le matin, on y déjeune sans réserver, on y attend quelqu’un. Dans un quartier aussi passant, où les visiteurs se croisent entre deux monuments, c’est une denrée plus rare qu’il n’y paraît.
Le 16e a cette particularité de mêler un tissu résidentiel très calme et des flux touristiques considérables, et les cafés de l’avenue absorbent les deux. Selon l’heure, la même salle sert de bureau de passage à des habitués du quartier, de halte à des visiteurs qui remontent vers l’Arc de Triomphe, ou de salle d’attente à des clients d’hôtel. Cela se lit surtout dans le rythme du service.
Mais le nom, lui, mérite un détour, et c’est là que cet article s’écarte de la fiche d’adresse. Belloy ne dit rien à personne, et pourtant il désigne trois choses à la fois : une rue toute proche, un cardinal mort il y a plus de deux siècles, et une cafetière qui a changé la façon dont on prépare le café. Les trois sont liés, dans cet ordre.
Un nom hérité de la rue d’à côté
La rue de Belloy est à deux pas, dans le même arrondissement. Elle a été ouverte par un décret du 10 août 1868, sur l’emplacement des anciens réservoirs de Chaillot, ces bassins qui alimentaient le quartier en eau avant que Paris ne s’étende sur la colline. Elle porte le nom de Jean-Baptiste de Belloy, archevêque de Paris.
Rien d’exceptionnel dans cette filiation : à Paris, un café prend souvent le nom de sa rue, de sa place ou de son carrefour, et le passant finit par oublier ce que le nom désignait au départ. Le Café Belloy suit cette règle silencieuse, comme des dizaines d’autres adresses de la capitale.
Ce qui l’est davantage, c’est que le nom en question ait laissé une trace dans l’histoire de la boisson qu’on sert au comptoir. La coïncidence est réelle, mais elle n’a rien de fabriqué : c’est bien le même homme qui a donné son nom à la rue et, à la même époque, à un ustensile de cuisine dont on va voir qu’il n’a rien d’anecdotique.
Jean-Baptiste de Belloy, un ecclésiastique qui a traversé un siècle
Né en 1709, il devient évêque de Marseille dans les années 1750 et occupe ce siège jusqu’à la Révolution. Il quitte alors ses fonctions mais ne quitte pas la France, et se retire à Chambly. On le retrouve quinze ans plus tard : au lendemain du Concordat, Bonaparte le nomme archevêque de Paris en 1802. Il est fait cardinal en 1805 et meurt en 1808.
Le trait le plus frappant de cette biographie tient à sa durée. Il avait plus de quatre-vingt-dix ans quand il prit la charge du diocèse de Paris, et près de cent à sa mort : environ soixante-quinze années de ministère, qui couvrent la fin de l’Ancien Régime, la Révolution, le Consulat et l’Empire.
C’est à la toute fin de cette vie, autour de 1800, qu’un objet de cuisine se met à porter son nom.
La cafetière du Belloy
le café passe de l’infusion à la percolation
Jusque-là, on préparait le café en le faisant bouillir ou infuser directement dans l’eau, puis on attendait que la poudre retombe au fond avant de verser. Le résultat était trouble, souvent amer, et le marc se retrouvait invariablement dans la tasse.
La cafetière dite du Belloy, ou dubelloire, est un ustensile en deux récipients superposés, en faïence ou en fer-blanc. Entre les deux, un compartiment percé de trous fins reçoit la mouture. Rien d’autre : ni pression, ni mécanisme, ni source de chaleur propre. Tout repose sur la gravité et sur la finesse du perçage.
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Charger la mouture
Le café moulu se dépose dans le compartiment intermédiaire, en couche régulière. Une couche irrégulière laisse l’eau se frayer un passage préférentiel et n’extrait qu’une partie de la poudre.
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Verser l’eau bouillante par le haut
L’eau est versée dans le récipient supérieur, jamais directement sur le café en vrac. Elle s’accumule au-dessus de la couche de mouture et commence à la traverser.
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Laisser descendre
La boisson s’écoule goutte à goutte dans le récipient du bas. C’est la partie longue, et celle qu’il ne faut pas presser : rien ne se gagne à secouer l’appareil.
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Servir sans remuer le marc
Le café recueilli en bas est clair, débarrassé de la poudre restée dans le compartiment. On sert directement depuis ce récipient, sans reverser dans le haut.
Ce principe porte un nom : la percolation. Il paraît évident aujourd’hui, parce que c’est celui de toutes les cafetières à filtre, mais il représentait alors un renversement complet. L’objet est resté dans l’histoire comme l’ancêtre de la cafetière napolitaine, celle qu’on retourne à mi-cuisson et qu’on trouve encore dans les cuisines italiennes.
Ce que la percolation a changé dans la tasse
Séparer le marc de la boisson n’est pas un détail de propreté, c’est un changement de méthode. Trois choses basculent en même temps.
Il reste où il est
Avant, la poudre finissait au fond de la tasse ou demandait une décantation approximative. Ici, elle demeure dans le compartiment et la boisson descend seule, claire.
Elle a une fin
Tant que la poudre baigne dans l’eau chaude, l’extraction se poursuit et les composés amers continuent de passer. Avec la percolation, l’eau traverse une fois, puis le contact cesse.
Elle devient un réglage
Trop fine, elle tasse la couche et l’eau met un temps interminable à descendre. Trop grossière, elle la laisse filer et la boisson sort pâle. Ce paramètre naît avec ce type d’appareil.
Ce réglage de la mouture, que tout amateur connaît aujourd’hui et qu’on retrouve à l’identique sur une cafetière à filtre moderne, est sans doute l’héritage le plus direct de cet objet du début du XIXe siècle.
Le nom de Belloy est resté attaché à la cafetière, mais l’invention est attribuée à un autre : François-Antoine-Henri Descroizilles, chimiste de son état. Le cardinal aurait donné son nom à un appareil conçu par un tiers, et sa notoriété aurait fait le reste. C’est un cas assez fréquent dans l’histoire des objets domestiques, où le nom qui subsiste est rarement celui de l’atelier.
Autour de l’avenue Kléber
que faire du quartier
L’intérêt de cette adresse tient beaucoup à ce qu’elle permet de faire autour. L’avenue relie deux points très fréquentés, ce qui en fait une halte naturelle entre les deux plutôt qu’une destination en soi : on s’y arrête avant de monter vers l’Arc de Triomphe, ou en redescendant de l’esplanade du Trocadéro et de sa vue sur la tour Eiffel.
Les rues adjacentes, elles, méritent le détour pour une autre raison. Les anciens réservoirs de Chaillot, dont la rue de Belloy occupe l’emplacement, rappellent ce qu’était cette colline avant les immeubles : un point haut utile à l’alimentation en eau de la ville, aménagé bien avant que le quartier ne prenne son visage actuel. Rien n’en subsiste au sol, mais le tracé des rues en garde la trace.
Les informations pratiques d’un café parisien vieillissent vite et les fiches en ligne les recopient sans les dater : horaires, service, carte de saison, réservation, terrasse ouverte selon la météo. Tout cela se confirme auprès de l’établissement lui-même. Autre précaution : plusieurs adresses parisiennes portent un nom voisin, dont un hôtel situé dans un tout autre quartier. Vérifiez l’arrondissement avant de partir.
Où se trouve le Café Belloy ?
Avenue Kléber, dans le 16e arrondissement de Paris, entre la place de l’Étoile et le Trocadéro. C’est un café-brasserie de quartier, avec salle et terrasse, dans le registre de la cuisine française. Horaires et carte se vérifient directement auprès de l’établissement.
D’où vient le nom Belloy ?
De la rue de Belloy, toute proche, ouverte par un décret du 10 août 1868 sur l’emplacement des anciens réservoirs de Chaillot. Elle porte le nom de Jean-Baptiste de Belloy, archevêque de Paris. À Paris, un café prend souvent le nom de sa rue.
Qui était Jean-Baptiste de Belloy ?
Un ecclésiastique né en 1709, évêque de Marseille dans les années 1750, resté en France pendant la Révolution, puis nommé archevêque de Paris en 1802 au lendemain du Concordat. Il est fait cardinal en 1805 et meurt en 1808, après environ soixante-quinze ans de ministère.
Qu’est-ce que la cafetière du Belloy ?
Un ustensile apparu autour de 1800, en faïence ou en fer-blanc, composé de deux récipients superposés séparés par un compartiment percé qui reçoit la mouture. L’eau bouillante versée par le haut traverse le café et tombe dans le récipient du bas : c’est le principe de la percolation.
Qui a réellement inventé cette cafetière ?
L’invention est attribuée au chimiste François-Antoine-Henri Descroizilles. Le cardinal de Belloy y aurait attaché son nom, et la notoriété du personnage a fait le reste. C’est un cas courant dans l’histoire des objets domestiques.
Que voir autour de l’avenue Kléber ?
L’Arc de Triomphe ferme la perspective d’un côté, le palais de Chaillot et l’esplanade du Trocadéro de l’autre, avec sa vue sur la tour Eiffel. Entre les deux, l’avenue déroule ses immeubles haussmanniens, et les rues adjacentes retrouvent vite un calme relatif.
Il y a quelque chose de juste à ce qu’un café de l’avenue Kléber porte, sans le savoir, le nom d’un appareil qui a fait passer la préparation du café de l’à-peu-près à la méthode. La rue l’a transmis au comptoir, le comptoir l’a oublié, et il suffit d’une tasse pour que la chaîne redevienne visible.